lundi, décembre 05, 2005

Super Pop et toile cirée


7.40. Madonna, Super Pop, dans le train. Pour un de ses cours, un étudiant interroge une étudiante sur les raisons qui l’ont poussée à exhiber un affreux sac à l’effigie de Guevara. Je sens bien qu’il va la ridiculiser en un tournemain. Elle a l’air mal à l’aise, d’entrée de jeu. L’unique réponse qu’elle fournit à la foule de questions du garçon est : « Ben c’est un mythe, en fait… » ou encore, cette analyse inter-pelante et pleine d’à-propos : « Ben je sais pas moi… C’est un mythe, en fait… » Je me marre franchement, au risque de m’attirer les œillades assassines de l’interrogée et de ses petites copines futures institutrices, et me refourre Madonna-la-bitch dans les oreilles. Envie de me lever, de danser et de faire bouger mon cul en rythme dans les allées du train qui fait la gueule.

15.40. La journée a passé comme un pet sur une toile cirée. Je n’ai rien vu venir. Même train, sens inverse. « Monsieur M., remontez vite en classe, votre inspectrice arrive ! Elle doit déjà être dans l’escalier, d’ailleurs ! » Comme il se doit en pareil cas, mon sang ne fait qu’un tour et je réfrène une colique subite. Je repense instantanément à mon bureau situé une volée d’escaliers plus haut, et me dis qu’elle le découvrira avant moi. Aujourd’hui, il ressemble à un fatras d’archiviste en fin de carrière, et qui écrit encore tout sur des fiches. Mon cours de seconde épars, son écharpe bariolée, des pépitos évidemment, un vague cours de première, des dossiers administratifs pour ma petite sauterie italienne et un tas de brols hétéroclite. Habillé en lui, je reçois ladite inspectrice, l’écharpe à portée de main. Elle ne s’est pas annoncée. Je trouve que c’eût été la moindre des choses… C’est que chacun doit avoir une idée différente de ce qu’est «la moindre des choses»… Souriante, elle s’excuse de me déranger et se veut rassurante. Encore un peu et elle va me lâcher qu’elle est là de manière purement fortuite et qu’elle ne s’est même pas rendu compte, le matin au volant de sa voiture, que celle-ci la conduisait malgré elle dans mon bahut ! Je la fais rentrer et lui désigne le petit banc et la plus petite chaise de la classe. Elle est toute petite, du coup, et je suis tout grand, puisque je m’assois sur le bureau, ce qui a peut-être le pouvoir de lui faire grincer des dents, mais je m’en tape. Je me balade dans la classe avec mon grand pull et ma grande capuche de lutin des bosquets… Très vite, les p’tits potes et moi oublions sa présence. Verdict global : je sais donner cours. Puisque j’attendais sa venue pour le savoir, me voici soulagé ! Elle trouve mon propos très clair et ma diction parfaite. En gros, j’articule et je ne dis pas trop de conneries. Elle me demande depuis quand je fais ce métier. «Onzième rentrée.» Là, elle a l’air plutôt surprise. Je n’aurais peut-être pas dû enfiler ce pantalon Vivienne Westwood bordeau et cette paire de baskets improbables… Elle part, je souffle. J’ai envie de ses bras, tout de suite, et je lui écris. Je me pointe aux nouvelles chez la préfète, qui m’offre son divan et des pralines…

Je vois ses mains. Je veux être là pour lui. «Etre là pour quelqu’un». Putain, je ne me reconnais pas et c’est bon de sa mère ! Bousculer sa vie et la mienne.

Dans ma ville, ils ont emballé les bites de la Grand-Place avec du jute et des nœuds rouges prétentieux. C’est ridicule.

Et je l’aime.

5 Comments:

Blogger rutabi said...

:-)))

Juste un sourire.

lun. déc. 05, 10:58:00 PM  
Anonymous Anonyme said...

C'est peut-être à ça qu'on reconnaît qu'on est heureux : quand on cesse de se reconnaître, quand on échappe à soi-même, au soi-même de d'habitude, d'avant...
Cours, cours, cours, ne te retourne pas!!
JUL

mar. déc. 06, 10:56:00 PM  
Blogger La Fée Carambole said...

Arf, suis contente aussi d'apprendre que tu sais donner cours...
Ton bureau est à ton image, plein de vie, en mouvement, en travaux. Moi, je dirais que c'est plutôt bon signe, non ?
Et l'amour, tjs l'amour ! Ohlalala, c'est magnifique ;o))

mer. déc. 07, 10:25:00 AM  
Anonymous Nath672411@hotmail.com said...

Que te souhaiter de plus?
Tes pages s'éclairent d'un soleil éclatant... ça réchauffe et ça fait plaisir à lire... ton bonheur nous donne envie d'être heureux à notre tour... Profite. Bizz

mer. déc. 07, 07:22:00 PM  
Anonymous Poussière de lune said...

N'oublie pas entre Noël et Nouvel An... :-) Je t'embrasse mon cri

jeu. déc. 08, 01:25:00 AM  

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